Accès privé
L'histoire du Jeans

L'histoire du Jeans

Au milieu du 19ème siècle, un certain John Sutter, Suisse d’origine, possédait un immense ranch dans la vallée de Sacramento, en Californie. 


Le 24 janvier 1848, un de ses employés, le charpentier James Marshall, inspecte comme tous les matins, le bief de la scierie qu’il est en train de construire pour lui sur l’American River, à Coloma, quand tout à coup, son regard est attiré par un drôle de scintillement au fond de la tranchée … Ca paraît être de l’or… Il en ramasse un fragment, qu’il court montrer à M. Sutter. Les tests effectués le confirment : c’est de l’or !

Ceci est le début d’une incroyable épopée qui amènera en Californie, dans les circonstances les plus rocambolesques, des milliers de gens de toutes conditions, de toutes origines, et dont l’historien Hittel a dit que « C’était le plus grand mouvement de population depuis les croisades ».

Naissance du jeans

En 1850, 60 000 chercheurs d’or déferlent sur la Californie.

Or, ces gens manquent de tout. Ils n’ont ni logements, ni couvertures… Des marchands arrivent sur leurs traces, pour leur vendre ce dont ils ont besoin : pelles, pioches, chaussures, armes à feu. Parmi eux, un tout jeune homme, Oscar Levi Strauss, qui vient leur vendre du tissu : une belle toile épaisse, conçue pour fabriquer des tentes et bâcher les chariots. Mais les prospecteurs sont des hommes rudes, qui peuvent bien dormir à la belle étoile, avec leur paire de bottes sous la tête en guise d’oreiller. Par contre, ils ont un besoin urgent : des pantalons !  Des pantalons solides, pour remplacer les leurs qui s’usent vite, dont le tissu ne résiste pas au travail dans l’eau boueuse.

Levi Strauss comprend très vite la situation : les mineurs ont besoin de pantalons exceptionnels, il a des rouleaux d’un tissu exceptionnel !  Il va trouver un tailleur de San Francisco, Jacob Davis Youphes… Tous deux s’associent, et ils décident d’un modèle : ainsi est fabriqué le premier pantalon coupé dans de la toile de tente.

Très vite, ils en vendent des dizaines, puis des centaines… Tout le monde en veut. L’engouement est total : le jeans est né !

Pourquoi « jeans » ?

Parce que cette toile appelée « denim » (parce que provenant de Nîmes, en France) était teinte en bleu, le fameux « bleu de Gênes ». Déjà, depuis des décennies, les marins génois portaient des vêtements très résistants assez semblables. Les Américains les appelaient Genoese, qui, peu à peu, avec la déformation de la prononciation anglaise, est devenu « jeans ».

Son succès ne s’arrêtera plus.

Au début, c’est essentiellement un vêtement de travail, idéal pour les tâches rudes de la vie en plein air. Tous l’adoptent : cow-boys, éleveurs, bûcherons, ouvriers de chantiers, constructeurs de voie ferrée… Dans les années 1920, les fermiers le portent sous forme de salopettes, comme les conducteurs de train… Dans les années 1930, juste avant la Deuxième Guerre Mondiale, il commence à devenir aussi un vêtement de loisirs, porté par une classe aisée pour les pique-niques, les week-ends ou les vacances au ranch.

C’est seulement dans les années 1950, après la Deuxième Guerre Mondiale, qu’il devient plus qu’un vêtement de travail ou de loisirs : un signe générationnel, un symbole. Il est porté par Marlon Brando puis par James Dean dans deux films mythiques (voir plus bas). Dans les années 1960-1970, les Hippies le portent partout et tout le temps. A partir de là, plus rien ne l’arrête, il envahit le monde, il devient universel.

Les grandes étapes de cette histoire :

1850 : invention du pantalon en « denim » par Levi Strauss en Californie, à l’occasion du « Gold Rush » vers la Californie.

Fin du XIXème  siècle et début du XXème :  

  • la conquête de l’Ouest, la « Frontière », les convois de pionniers.
  • la liaison établie par le chemin de fer entre l’Est et l’Ouest du pays.
  • les éleveurs et les fermiers, l’opposition, la confrontation, la violence, les armes.
  • la loi du plus fort, les villes à bétail, les « cow-boys », la légende de l’Ouest.
  • le Mythe : « là-bas… ».

Parallèlement, la condition des Noirs :

  • esclavage, inégalité, labeur, les plantations, la vie dans le Sud.
  • la Guerre de Sécession (Civil War) - l’inégalité persiste, même au Nord.
  • les chants de l’Espérance et le Blues.

La Grande Dépression des années 1930 :

  • le  « Dust Bowl » et la misère des fermiers du Middle West.
  • la ruine et l’exode des petits fermiers de l’Oklahoma.
  • « Les Raisins de la Colère » (de J.E. Steinbeck).
  • le rêve de la Californie, le chemin rugueux vers le pays du « rêve ».
  • le vêtement de travail qui « uniformise » ces migrants laborieux.
  • il accompagne les débuts de la musique Country.

Les Fifties :

  • le jeans n’est plus seulement un vêtement de travail : il est devenu aussi peu à peu le vêtement de week-end ou de vacances au ranch, pour la famille modèle de la classe moyenne.
  • puis, dans les années 1950, pour la première fois, il habille le héros d’un film : Marlon Brando dans l’Equipée Sauvage (The Wild One) 1953, et bientôt James Dean dans La Fureur de Vivre (Rebel Without a Cause) 1955.
  • il est porté par les chanteurs (Elvis Presley), les acteurs et les jeunes.
  • il devient le signe visible d’un changement des mentalités, des mœurs, des usages, de la société.
  • il continue d’accompagner la Country Music de Johnny Cash ou Pete Seeger.

Les Sixties :

  • la Guerre du Vietnam.
  • l’Université de Berkley  (Californie).
  • les Hippies, « Peace and Love », « Flower Power », Woodstock  (1969).
  • les “Protest Songs” et leurs interprètes : Joan Baez, Bob Dylan, Peter Paul and Mary, puis Simon and Garfunkel, Leonard Cohen…
  • empreinte du Pt J.F. Kennedy et du Pasteur Martin Luther King.
  • mots-clefs : Freedom, Human Rights, Peace, Brotherhood.
  • le jeans devient le véhicule des idées et des convictions : il se couvre de symboles et de slogans.

L’après-guerre du Vietnam :

  • le jeans se banalise, tout le monde le porte  (tous les âges, tous les milieux, dans toutes les circonstances), il efface les barrières sociales.
  • il devient un objet d’« égalité », un uniforme mondial, universel, sans frontières : il est porté dans tous les pays, sur tous les continents, par les plus riches et les plus pauvres, pendant la semaine et le week-end, pour le travail et les loisirs, pour étudier et voyager, à l’usine comme à l’université…
  • serait-il, par un clin d’œil de l’histoire, un premier tout petit pas vers la fraternité (brotherhood) ?

Thèmes liés à l’histoire du jeans :    

  • le voyage, le départ, l’errance, le chemin, la route.
  • les grands espaces, le paysage.
  • le train, la séparation, l’au revoir ou l’adieu, la rupture.
  • la dure réalité et l’espoir d’un sort meilleur.
  • la liberté.      
  • mouvance vers l’Ouest  =  une vie meilleure, rêves réalisés, richesses Spirituals et Gospels  =  l’au-delà sera meilleur qu’ici-bas
  • en général : quête du paradis et poursuite du bonheur.

Anne-Marie Gueldry