Accès privé
Heaven's Gates

Heaven's Gates

On a enfin accès à la Porte du Paradis « Heaven's Gate » telle que Michael Cimino en avait rêvé, et non la version « abrégée » incohérente qu'il fut contraint de faire, suite à l'accueil désastreux du public...

En 1978, Cimino est LE réalisateur de « Voyage au bout de l'enfer » (« The Deer Hunter »), premier film américain sur la guerre du Vietnam et ses impacts psychologiques, chef d'oeuvre encensé par cinq oscars.

Hollywood est à ses pieds. Le cinéaste en profite pour se lancer dans un projet de longue date, commencé à la suite d'une quête maniaque sur la véritable histoire du fil de fer barbelé dans l'Ouest des pionniers. « J'y ai fait très tôt mes premiers voyages initiatiques. Et j'ai été saisi par cette folie de la propriété et du morcellement de l'espace » disait-il.

Il relate alors un épisode méconnu mais véridique de l'histoire des Etats-Unis : « The Johnson County War ».

Ce moment peu glorieux, avec lequel Michel Cimino prit tout de même quelques libertés narratives, retrace comment, en 1892, dans le Wyoming, de très riches propriétaires terriens fondèrent  « The Wyoming Stock Growers Association ».

Bénéficiant du soutien des personnalités politiques locales, et du Président des États-Unis lui-même, Benjamin Harrisson, les membres de ce syndicat avaient pour objectif de globaliser l’industrie du bétail - c’est-à-dire de favoriser les grandes exploitations.

Propriétaires terriens qui organisèrent le massacre d'une communauté de nouveaux immigrés, ces familles rudes, affamées et loqueteuses en quête d'avenir, avançant en longues files de déshérités vers leurs lopins de terre promise.
Russes, Bulgares, Ukrainiens, Allemands peupleront l'Ouest mais feront rapidement l'objet d'une liste noire en 1890, parce qu'ils contrariaient les visées expansionnistes des oligarques de l'élevage intensif.
Les 125 hommes de cette liste seront abattus par des mercenaires sur ordre de l'Association des éleveurs, au motif qu'ils volaient parfois du bétail pour se nourrir, considérés en cela comme de dangereux anarchistes.
Ceci avec l'aval des plus hautes autorités fédérales, dont le Président des Etats-Unis.

Ces évènements sont vus à travers le regard d'un sheriff idéaliste issu de l'aristocratie harvardienne (Kris Kristofferson) qui y perdra ses illusions et la femme qu'il aime (Isabelle Huppert).

« Heaven's Gate » a bénéficié d'un budget de 40 millions de dollars, mais la légende veut qu'il ait précipité la banqueroute des studios United Artists.
Endossant le triste privilège de devenir le plus cuisant échec économique de l'histoire du cinéma, ce film brisa du même coup la carrière de Cimino. Il lui fut en fait principalement reproché d'offrir une vision anti-américaine, portant préjudice aux mythes fondateurs du pays. Vendu aux studios comme un western épique, le film en brise effectivement purement et simplement tous les standards.

Trente ans plus tard, « Heaven's Gate » ressort dans certaines salles parisiennes, en DVD et blu-ray.

Il est enfin considéré comme un chef d'oeuvre du 7ème art. D'une puissance émotionnelle rare et empreint d'une sublime poésie, Cimino y montre la naissance d'une nation bâtie sur le massacre des Indiens, l'exploitation des immigrés, le vol systématique, la spoliation et le mensonge.


Il faut absolument voir cette version rééditée aujourd'hui grâce à Critérion. Il s’agit du director’s cut, et Michael Cimino a lui-même supervisé cette nouvelle édition, qui dépasse de très loin toutes les précédentes. C'est un film à découvrir ou redécouvrir en urgence, se laisser porter par son rythme si particulier, et à savourer !


En 1980, il était possible de parler de politique, de sexe, de religion comme de corruption en ayant les coudées franches. « La Porte du Paradis » peut aussi se voir comme le dernier grand film d'une époque où un réalisateur jouait sur une seule oeuvre, sa carrière, sa vie, sa santé et tout ce en quoi il croyait.
Avant qu’Hollywood ne devienne un grand magasin de jouets.

Marie-France Malézieux

Actualités

Notre Prochain spectacle

L’étonnant destin d’un gamin de Hoboken, à côté de Manhattan, fils d'immigrés italiens, devenu le plus célèbre crooner américain : Frank Sinatra (1915-1998)

Lire la suite >

Actualités

Johnny Cash

Johnny Cash raconte sa propre histoire, depuis l'enfance dans les champs de coton de l'Arkansas jusqu'aux formidables succès

Lire la suite >